Xinjiang: la politique de Pékin serait responsable des tensions

Thierry Kellner, chercheur associé à l’institut d’étude de la Chine contemporaine à la VUB et Eric Meyer, notre correspondant en Chine étaient les invités de Matin Première ce jeudi. Ils nous ont donné leur analyse de la situation au Xinjiang avec les Ouïghours les Hans.

Les Ouïghours et les Hans se sont violemment affrontés ces derniers jours dans la région. Officiellement, les émeutes ont fait au 156 morts et un millier de blessés. La principale organisation ouïghoure en exil parle, elle, de 600 à 800 victimes. Des chiffres bien difficile à vérifier comme l'a expliqué notre correspondant en Chine, Eric Meyer.

Celui-ci a expliqué que si la police chinoise a pour habitude de réprimer fermement les manifestations interdites (surtout quand elles ont une connotation ethnique), il n'a jamais entendu en 22 ans de vie en Chine parler d'un massacre par l'armée de plusieurs centaines de personnes. S'il y a bien eu quelques morts au Tibet, il n'a jamais été question de centaines de morts.

Quant au chiffre de 156 morts, "il se réfère très clairement aux morts identifiés dans les hôpitaux" parmi lesquels figurent 80% de Hans.

Origine des émeutes

Eric Meyer a ajouté que l'origine de ces émeutes était floue. "On ne sait pas s'il s'agit d'un tir nourri. S'il y a eu avant un carnage ou une fusillade qui a mis les Ouïghours hors d'eux".

Ce que l'on sait, a-t-il expliqué, c'est que quelques jours avant ces émeutes, dans la ville de Shaoguan, des ouvriers ouïghours ont été accusés, à tort, d'avoir violé des Chinoises. C'en est suivi un passage à tabac dans lequel, officiellement, deux Ouïghours ont perdu la vie. Mais ils seraient beaucoup plus selon les Ouïghours. A cela s'est ajouté le "black out" total des autorités cantonaises. Elles n'ont rien dit sur ce qu'il se passait alors qu'elles étaient en train d'arrêter quinze Hans responsable de ce passage à tabac. Mais ¨"les Ouïghours ne sachant pas ce qu'il se passait ont cru et crié lors de la manifestation qu'il s'agissait d'un acte de nettoyage ethnique concerté et voulu, ce qui n'était pas le cas".

Thierry Kellner, lui, explique ces violences inter-ethniques (rares jusqu'ici) comme "le produit d'une politique mise en oeuvre par Pékin depuis un certain nombre d'années". En 1949, dit-il, les Hans étaient 6%, aujourd'hui ils sont 50%. "Pour les Ouïghours les occasions de cohabitations se sont multipliées alors que les rapports entre eux ne sont pas toujours excellents". A côté de ça, la politique de Pékin au Xinjiang est une politique "de contrôle", de répression et de force". D'où "une immense frustration au sein de la population Ouïghours".

Les réactions à Pékin

D'après Eric Meyer, les autorités chinoises ont beaucoup appris des évènements de Lassah. Aujourd'hui, il y a beaucoup plus de communication sur ce qui se passe au Xinjiang. Des débats sont organisés à la télévision et un voyage officiel a même été organisé pour les journalistes dans la région.

Toujours selon notre correspondant, le régime socialiste est passé au "temps de la maturation". "Il se prépare, lui -même, à l'idée que ces conflits ethniques ne sont pas un conflit isolé, qu'ils ne sont pas fait pour s'arrêter et qu'il faut les gérer à long terme".

Une structure ouïghoure

"Au moment de la révolution culturelle", a expliqué Eric Meyer, "la Chine  a fait partir un grand nombre de Ouïghours, y compris les intellectuels. Ils se sont retrouvés en Russie où ils étaient protégés par la guerre froide. Aujourd'hui ces personnes forment un réseau à travers le monde. Ce réseau revendique d'avoir organisé la manifestation mais précise qu'ils voulaient une manifestation pacifique mais que l'armée à tiré".

De son côté, Thierry Kellner, a expliqué que les tensions étaient déjà tellement fortes entre Ouïghours et Hans, "qu'il suffit d'une seule étincelle pour mettre le feu au poudre". Il n'y a donc pas besoin d'une organisation extérieure d'autant que dans la région les moyens de communications sont limités.

Les Ouïghours, les plus réprimés ?

Le peu de statistiques auxquelles on a accès, dit Thierry Kellner, montrent tout de même que les Ouïghours sont majoritairement condamnés à mort et surtout pour des crimes politiques. Ce qui est interpellant.

Selon lui, leur cause est plus ignorée que le Tibet car ils n'ont pas de figure de proue comme le Dalaï-Lama.

Quant à savoir s'il y a un "plan caché" pour exterminer les Ouïghours, Eric Meyer n'y croit pas. Mais ce "qui est sûr" a-t-il dit, "c'est qu'après le 11 septembre 2001, les Américains, Georges Bush, ont donné un "chèque en blanc" à la Chine pour procéder à une répression de grande envergure à travers le Xinjiang. Pour vérifier que dans toutes mosquées, ses imams prêchent conformément aux demandes de la République, pour vérifier qu'il n'y a pas de contact avec les exilés du Kazakhstan et du Kirghistan. Et chaque fois qu'il y a eu un cas suspect il a été arrêté et mis en prison. Peut-être qu'ils ont été torturés et peut-être même qu'ils ont été tués" comme l'affirme la porte-parole des Ouïghours, Rebiya Kadeer.

Pour Eric Meyer, il y a eu un "immense maladresse" de la part du gouvernement de canton et peut-être aussi de la part du gouvernement du Xinjiang "s'ils ont chargé et tiré à balles, ce que je ne sais pas encore".

 

http://www.rtbf.be/info/monde/conflits/chine-ouighours-124178

colonialisme..

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