Istanbul, capitale des réfugiés ouïgours

De jeunes Turcs d'origine ouïgoure lors d'une manifestation à Istanbul, début juillet.

Forte de 300 000 membres, la diaspora ouïgoure peut compter sur la sympathie de l'opinion publique turque, mais Ankara ménage pour des raisons économiques ses critiques contre Pékin.

Installé dans un bazar stambouliote, Abdülresit, un commerçant ouïgour, n'adresse jamais la parole à ses voisins, des grossistes chinois, qu'il déteste ouvertement. En revanche, la solidarité que manifestent les Turcs envers ses compatriotes de la province autonome du Xinjiang, exposés à la répression de Pékin, le ravit. Chaque fois qu'un client rentre dans sa boutique, un bric-à-brac d'objets en plastique made in China, il réconforte Abdülresit d'un «geçmis olsun», une formule courante signifiant «que cela appartienne au passé» : «Nous avons le même sang, nous sommes des frères. Cela me donne du courage car je n'ai pas encore pu parler au téléphone avec ma famille, restée là-bas, à Kashkar. Ce matin, j'ai enfin réussi à les joindre mais ils ont immédiatement raccroché, ils ont trop peur de parler.»

Cet homme tout en rondeur, qui a fui la région ouïgoure en 1997, n'a pas manqué une seule manifestation à Istanbul. La semaine dernière, il a brûlé des jouets chinois devant le consulat et a scandé des slogans en faveur du «Turkestan oriental libre» sur l'esplanade de la grande mosquée de Beyazit. Pendant plusieurs jours, des milliers de Turcs et des représentants de la diaspora ouïgoure - forte de 300 000 membres, selon leurs associations - ont défilé dans une dizaine de villes de Turquie, répondant à l'appel d'organisations islamistes et nationalistes. Depuis le 5 juillet, les émeutes ont provoqué une vague de sympathie dans l'opinion turque pour les lointains cousins du Xinjiang, musulmans et parlant une langue turque. Elles ont aussi ravivé les ardeurs des nostalgiques du panturquisme, une idéologie qui prône l'unification de tous les peuples turcs.

Mais après avoir répondu à cette surenchère émotionnelle, alimentée par des photos sanglantes à la une des journaux, Ankara, confronté au courroux des autorités chinoises, modère désormais ses critiques.

 

«Une sorte de génocide»

 

Comme à son habitude, c'est le premier ministre qui a été le plus virulent. À son retour du sommet du G8 en Italie, Recep Tayyip Erdogan a déclaré que Pékin était coupable d'«une sorte de génocide» à l'encontre des Ouïgours. Le ministre de l'Industrie et du Commerce a réclamé un boycott des produits chinois avant de faire machine arrière en affirmant qu'il avait exprimé une opinion personnelle. Embarrassé, le ministère des Affaires étrangères a multiplié les déclarations pour faire baisser la tension. Son porte-parole a loué l'attitude des autorités chinoises qui «essayent de faire la lumière sur les événements avec sang-froid» et a balayé la possibilité de porter la répression des Ouïgours devant le Conseil de sécurité des Nations unies, où la Turquie siège comme membre non permanent. Recep Tayyip Erdogan avait évoqué cette possibilité. Le chef de la diplomatie, Ahmet Davutoglu, a également décroché son téléphone pour assurer à son homologue chinois que la Turquie respectait l'intégrité territoriale de la Chine et n'avait pas l'intention de se mêler de ses affaires internes. Yang Jiechi lui a expliqué que les émeutes dans le Xinjiang étaient orchestrées par «trois forces du mal». C'est-à-dire, selon l'agence de presse Chine nouvelle, «l'extrémisme», «le séparatisme» et «le terrorisme». Ankara utilise une terminologie similaire pour qualifier les Kurdes de Turquie, sympathisants des rebelles du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

 

Cacophonie diplomatique

 

Surtout, cette cacophonie diplomatique intervient au moment où les hommes d'affaires turcs cherchent à renforcer leurs positions sur le marché chinois. Au mois de juin, le président de la République, Abdullah Gül, s'est rendu en Chine. Il s'agissait de la première visite d'un chef d'État turc depuis quinze ans. En visite à Urumqi, il a revêtu l'habit traditionnel ouïgour. À Pékin, il a signé des contrats commerciaux pour une valeur de 1,5 milliard de dollars.

«La Turquie s'est tue pendant très longtemps, faisant semblant de ne pas voir nos problèmes, se désole Hidayet Oguzhan, président de l'Association pour la solidarité et l'éducation du Turkestan oriental, située dans un immeuble de guingois, au-dessus d'un institut de beauté, à Istanbul. Cette fois-ci, elle a haussé le ton, mais hélas, je crains bien que l'on ne nous oublie très vite, sous la pression de Pékin.» Dans les années 1990, la diaspora ouïgoure n'avait pas le droit d'utiliser le terme de «Turkestan oriental» pour ses activités officielles. En 2006, Ankara avait décidé de ne plus accorder de visa à Rebiya Kadeer, la chef de file de la résistance ouïgoure, exilée aux États-Unis. Le premier ministre a assuré qu'un visa lui serait délivré si elle en faisant de nouveau la demande.

 

http://www.lefigaro.fr/international/2009/07/20/01003-20090720ARTFIG00225-istanbul-capitale-des-refugies-ouigours-.php

Djihad

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