Les djihadistes proches de la victoire en Somalie

Il y a quelque chose de pathétique à entendre le président somalien décréter, lundi, l’état d’urgence dans son pays. L’urgence, il peut la constater tous les jours aux portes de son palais, la Villa Somalia, régulièrement prise pour cible par les insurgés islamistes, qui ont lancé une grande offensive contre le gouvernement il y a un mois. Cette décision ne va fondamentalement rien changer dans un pays où le pouvoir central ne contrôle que quelques points névralgiques de la capitale. Et encore, avec l’aide des 4 300 soldats de la paix de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom)…

En fait, l’instauration de l’état d’urgence n’a qu’un but : presser la communauté internationale d’intervenir, et en particulier les pays voisins - Kenya, Djibouti, Ethiopie et Yémen - appelés à la rescousse en fin de semaine dernière. Sans succès pour l’instant. Le Kenya s’est dit prêt à aider, l’Ethiopie, qui a reconnu mener des actions de reconnaissance, demande un mandat spécifique… Les autres restent muets. Et l’Amisom est réduite à ses seuls contingents ougandais et burundais, qui ne remplissent que la moitié de l’effectif prévu lors du lancement de la force de la paix il y a deux ans.

Prophétie. Pourtant, l’urgence est réelle. Alors que l’administration Bush n’a cessé de crier à la présence d’Al-Qaeda en Somalie - qui n’était que marginale à l’époque -, sa prophétie a fini par se réaliser. C’est toute l’ironie de l’engrenage fatal provoqué par les Etats-Unis dans la Corne de l’Afrique et dont hérite aujourd’hui Barack Obama. Il faut remonter un peu en arrière pour comprendre comment on en est arrivé là. Fin 2006, six mois après que l’Union des tribunaux islamiques - une coalition hétéroclite où les jihadistes les plus violents, regroupés sous le nom d’Al-Shebab, restent minoritaires - se fut emparée du pouvoir à Mogadiscio, Washington donne son feu vert à Addis-Abeba pour les renverser. L’invasion éthiopienne ne prend que quelques jours et balaye les islamistes. Le gouvernement somalien s’installe à Mogadiscio sous la protection des troupes éthiopiennes. La capitale s’enfonce alors dans une guérilla islamo-nationaliste, alimentée par des groupes de plus en plus audacieux et aguerris, parmi lesquels Al-Shebab a de plus en plus d’influence.

En décembre dernier, l’Ethiopie annonce son retrait, lassée des attaques constantes. La communauté internationale comprend enfin qu’il vaut mieux composer avec les islamistes et laisse élire un modéré, Cheikh Chérif Cheikh Ahmed, issu de la mouvance soufie, à la présidence.

Revers. Al-Shebab et le Hezb al-Islami de Hassan Daher Aweys - donné récemment pour mort sans confirmation - rompent avec leur ancien allié et décident de poursuivre leur jihad, renforcés par des combattants d’Al-Qaeda fuyant les zones tribales pakistanaises devenues trop dangereuses, et par les livraisons d’armes de l’Erythrée, qui fait tout pour hâter l’installation d’un régime antiéthiopien en Somalie, afin de prendre son vieil ennemi à revers.

La seule question qui se pose, désormais, est la suivante: n’est-il pas trop tard pour éviter que la Somalie devienne un sanctuaire jihadiste ?

 

http://www.liberation.fr/monde/0101575895-les-jihadistes-proches-de-la-victoire-en-somalie

Insurgés islamistes dans Mogadiscio (Somalie), le 22 juin 2009. (© AFP Abdirashid Abdulle Abikar)

Somalie

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