La guerre des deux cheikhs

Deux frères ennemis se font face à Mogadiscio. Reclus dans la présidence, la Villa Somalia, le président Cheikh Chariff Cheikh Ahmed, dirige le fragile gouvernement fédéral de transition (TFG) somalien soutenu par la force de l'Union africaine, l'Amisom (4 300 hommes). En ville, aux environs du grand marché de Bakara, l'un des chefs des insurgés, Cheikh HassanDahir Aweys, travaille à une offensive en cours contre le TFG et son ancien frère d'armes et de tendance religieuse. Il est l'un des précurseurs de la tendance islamiste somalienne.

Les deux hommes ont été associés en 2006, lorsque chacun d'entre eux dirigeait une des deux instances des Tribunaux islamiques, coalition de milices religieuses qui venaient pour la première fois depuis 1991 de réunifier sous un seul pouvoir l'ensemble de la capitale somalienne.

L'essentiel du pouvoir était alors entre les mains de Cheikh Hassan, ex-colonel, héros de la guerre contre l'Ethiopie (1977-1978), vétéran de la lutte islmiste en Somalie et accusé par les Etats-Unis d'avoir noué des liens avec Al-Qaida, tandis que Cheikh Chariff, plus jeune, nouveau venu, ne pouvait se prévaloir que d'une bonne éducation religieuse au Soudan et d'une modeste fonction d'enseignant à Mogadiscio.

Lorsque les Tribunaux islamiques ont été balayés par une intervention éthiopienne (laquelle a pris fin début 2009 après avoir subi de lourdes pertes), les deux hommes devaient se retrouver en exil à Asmara, en Erythrée, où ils ont fondé l'Alliance pour la nouvelle libération de la Somalie (ARS), un mouvement d'opposition bientôt soumis à la fatalité somalienne, la scission sur fond d'ambitions personnelles.

La trajectoire fulgurante de Cheikh Chariff Cheikh Ahmed a ensuite étonné. Bientôt fort de soutiens discrets en provenance de pays du Golfe et de milieux somaliens, l'ex-dirigeant des Tribunaux islamiques est parvenu à se faire élire président du gouvernement fédéral de transition en promettant d'unifier les anciennes forces de cette structure contre lesquelles il était en guerre et les miliciens de la mouvance islamiste. Subtil calcul qui n'a pas réussi à créer, dans les faits, de troupes unifiées et explique en partie, les revers actuels du TFG.

COMBATTANTS "ÉTRANGERS"

Seulement, alors que la Somalie était assez largement abandonnée à son sort, deux facteurs ont réveillé l'intérêt des pays étrangers et sauver, temporairement du moins, la mise du TFG. D'abord, l'explosion de la piraterie au large des côtes somaliennes, qui perturbe une route maritime essentielle de la planète, pousse de nombreux Etats à appuyer une solution politique destinée, peut-être, à rétablir des autorités centrales dans le pays. Ensuite, la crainte de voir se développer en Somalie une base d'Al-Qaida. mobilise les énergies. Les insurgés ont prospéré initialement grâce à l'intervention éthiopienne, brutale et mal conçue, dressant dans un sursaut de nationalisme prévisible la plupart des porteurs d'armes somaliens. Ils se sont révélés liés à des circuits complexes du djihadisme international.

Une minuscule poignée de combattants "étrangers", originaires de pays du Golfe ou d'Asie du Sud, essentiellement, se tenait dans l'ombre des tribunaux islamiques. Ils sont maintenant plusieurs centaines de volontaires de tous horizons, forgés par les guerres menées en Irak ou en Afghanistan aussi bien côté djihad que des pays occidentaux. Désormais les groupes Al-Chabab (La jeunesse), minoritaires en 2006, mènent l'insurrection tandis qu'un second groupe, Hizbul islam (Parti de l'islam), après des tergiversations, vient de se doter d'un chef : Cheikh Hassan Dahir Aweys.

 

 

Somalie

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