L'ayatollah Khamenei met tout son poids derrière Ahmadinejad

Les journalistes de Reuters et des autres médias étrangers sont soumis dans leur travail à des restrictions imposées par les autorités iraniennes. TEHERAN (Reuters) - L'ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la révolution iranienne, a apporté son soutien au président Mahmoud Ahmadinejad et défendu la validité des résultats du scrutin présidentiel du 12 juin, contestés dans la rue par l'opposition.

"Les résultats de l'élection sortent des urnes, ils ne se décident pas dans la rue", a-t-il affirmé devant des dizaines de milliers de personnes rassemblées à l'université de Téhéran, lors de sa première allocution publique depuis l'élection à l'issue de laquelle le président sortant, l'ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, a été réélu avec plus de 62% des voix.

Mettant en garde contre les tentations "extrémistes" qui ne peuvent conduire qu'à des effusions de sang et au "chaos", Khamenei a demandé aux candidats battus, qui crient à la fraude, l'arrêt des manifestations de rue et appelé la nation au calme, après une semaine de troubles qui ont fait au moins sept morts.

Ce mouvement de protestation est sans précédent depuis l'avènement de la République islamique en 1979 et l'ayatollah Khamenei a dénoncé les "ingérences" étrangères qui ont contribué selon lui à cette situation.

"Les ennemis (de l'Iran) prennent pour cible la légitimité du pouvoir islamique en remettant en cause l'élection et sa validité, avant et après" le scrutin, a-t-il dit en dénonçant les intrusions de "certaines puissances étrangères".

Il a estimé n'avoir aucune leçon à recevoir des Etats-Unis en matière de droits de l'homme, "après ce que les Américains ont fait en Afghanistan, en Irak et ailleurs".

Il a notamment qualifié de "funeste" le rôle de la Grande-Bretagne, ce qui a provoqué la colère de Londres, où l'ambassadeur d'Iran a été convoqué au Foreign Office.

PAS DE SCISSION

Khamenei a démenti toute scission au sein des instances dirigeantes iraniennes et a tenu à souligner que ses propres vues, tant en matière de politique étrangère que de politique intérieure, étaient plus proches de celles du président réélu Mahmoud Ahmadinejad que de n'importe quel autre responsable politique du pays.

Le Guide de la révolution en Iran a le dernier mot sur les questions stratégiques telles que la poursuite du programme nucléaire ou les relations avec les Etats-Unis.

Ses propos laissent supposer que l'ouverture diplomatique espérée par les chancelleries occidentales n'est pas envisageable avant la fin du second mandat d'Ahmadinejad, dans quatre ans.

Nicolas Sarkozy, à l'issue du sommet européen de Bruxelles, a exhorté les dirigeants iraniens à ne pas commettre "l'irréparable" et a jugé que l'émergence d'une rue iranienne pour réclamer plus de transparence et de démocratie était "une bonne nouvelle".

La chancelière allemande Angela Merkel, pour sa part, a jugé "décevante" l'allocution du numéro un iranien.

Des dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées en début de matinée sur le campus de l'Université de Téhéran, où Ali Khamenei a pris la parole. La télévision a montré Ahmadinejad et Mohsen Rezaï, ancien chef des Gardiens de la révolution et l'un des candidats battus, présents dans l'assistance.

Des photos de Khamenei, d'Ahmadinejad et de feu l'ayatollah Ruhollah Khomeini, père de la révolution islamique, étaient brandies par la foule, au milieu de drapeaux iraniens.

Depuis le 12 juin, les partisans de Mirhossein Moussavi, le candidat des réformateurs, dénoncent une fraude électorale d'une vaste ampleur à l'occasion de la présidentielle.

Cette contestation a mis en lumière comme jamais auparavant les luttes internes au sein du pouvoir religieux et politique.

L'ATTITUDE DE MOUSSAVI

L'ancien président Mohammad Khatami a pris fait et cause pour Moussavi, comme un autre ex-chef de l'Etat, Akhbar Hashemi Rafsanjani, très critique envers Ahmadinejad.

Jeudi, plusieurs dizaines de milliers de partisans de Mirhossein Moussavi sont encore descendus dans les rues de la capitale en hommage aux victimes des violences post-électorales.

Les médias publics iraniens ont rapporté que sept ou huit personnes, selon les sources, avaient été tuées en marge des manifestations qui se répètent quotidiennement depuis la proclamation des résultats, samedi dernier.

Ce mouvement de contestation a été durement réprimé et plusieurs dizaines de réformateurs ont été arrêtés.

Moussavi, qui été Premier ministre pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), n'ira sans doute pas jusqu'à défier le guide suprême et se soumettra probablement à son appel en invitant ses partisans à cesser leur mouvement. Il devrait en revanche continuer à contester l'issue de la présidentielle par les voies judiciaires.

Le candidat du camp modéré pourrait ainsi demander l'annulation du rassemblement prévu samedi pour éviter l'effusion de sang évoquée par Khamenei si la contestation se poursuit.

La lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi a affirmé qu'un demi-millier de personnes avaient été arrêtées et a appelé à leur libération immédiate. Elle a en outre souhaité l'organisation d'un nouveau scrutin sous l'égide de l'Onu.

Par ailleurs, Ebrahim Yazdi, ancien ministre des Affaires étrangères qui anime le Mouvement de la liberté, organisation d'opposition tolérée par le régime, a recouvré la liberté. Il avait été arrêté mercredi alors qu'il passait des examens médicaux dans un hôpital de Téhéran.

Comme les deux autres candidats malheureux, le réformateur Mehdi Karoubi et Rezaï, Mirhossein Moussavi devrait être reçu samedi par le Conseil des gardiens, principal organe législatif d'Iran.

Cette instance a été saisie de 646 recours dont elle a dit avoir commencé un "examen minutieux". Manques de bulletins, pressions sur les électeurs et entraves à l'observation des dépouillements sont quelques-unes des fraudes dénoncées.


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