Paris apporte son soutien économique au Pakistan

Le mollah à la longue barbe grise a pris le micro. D'une voix forte, il a louangé Dieu dix minutes durant. Ce n'est qu'ensuite qu'Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, les membres de sa délégation et la vingtaine d'officiels de la chambre de commerce et d'industrie de Lahore, dans la région du Punjab, au Pakistan, ont pu parler "business".

La mission de Mme Idrac, en voyage officiel au Pakistan les 23 et 24 juillet, est la conséquence directe de l'arrivée des talibans à cent kilomètres d'Islamabad à la fin du mois d'avril. Cette incursion terroriste a fait craindre que le Pakistan n'inaugure une nouvelle catégorie d'Etat : "l'Etat failli nucléaire", selon le terme duQuai d'Orsay.

Pour réarrimer le Pakistan au camp occidental et réduire le risque terroriste, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France se sont mobilisés. La France a mis en place une aide militaire négociée directement par l'amiral Guillaud, chef d'état-major de Nicolas Sarkozy. Mme Idrac a, elle, été chargée de renforcer les liens économiques bilatéraux. Elle avait en poche près de 800 millions d'euros de crédits (aide directe et garantie Coface) qui feront l'objet d'un accord de coopération global sur l'eau, l'énergie et l'agroalimentaire que Nicolas Sarkozy pourrait parapher à Islamabad avant la fin de l'année.

Tout au long de ses rencontres, Mme Idrac a martelé l'idée que le retour de la démocratie au Pakistan passait par "la sécurité, la lutte contre le terrorisme et le développement économique". Cette nécessité de lier soutien militaire et aide au développement s'impose à tous les observateurs, tant le modèle de croissance suivi jusqu'à présent par le Pakistan a abouti à un fiasco. "En fait, il n'y a jamais eu de modèle mais des politiques successives pas toujours cohérentes", dit Dominique Simon, chef des services économiques de l'ambassade de France.

La privatisation réussie du secteur bancaire, de l'électricité et des télécommunications a accru le fossé avec une agriculture de type féodal qui s'est enfoncée dans le sous-développement. Les seigneurs de la terre emploient aujourd'hui encore la moitié des 166 millions de Pakistanais mais n'investissent jamais une roupie en productivité. A quoi bon d'ailleurs : les récoltes sont consommées immédiatement ou pourrissent sur place faute de chaîne du froid et de conditionnement pour la distribution. Un cadre dirigeant du seul hyper Carrefour de Lahoreregrette ainsi la "médiocre qualité" des fruits et légumes locaux.

Le gouvernement n'a pas entretenu les canaux d'irrigation et l'eau est gaspillée à 50 %, ce qui entraîne une réduction progressive des terres cultivables. Les coupures d'électricité sont quotidiennes et les conflits entre le gouvernement fédéral et les provinces empêchent qu'un grand barrage soit construit alors que le potentiel hydroélectrique du Pakistan est estimé à 40 000 mégawatts. La santé de la population ne mobilise que 1 % du budget de l'Etat et un demi-million d'enfants meurent chaque année faute de soins ou de vaccinations.

RÉVOLUTION CULTURELLE

La démographie n'est pas maîtrisée - 200 millions de personnes d'ici à 2015 - et les villes croissent sans que la production d'eau potable, l'assainissement, le traitement des effluents et des ordures ménagères ne soient mis à niveau. A Faisalabad, une ville de 3 millions d'habitants au sud de Lahore, la nappe phréatique baisse d'un mètre par an et est aujourd'hui contaminée par les infiltrations d'eaux usées.

Faute de ponction fiscale sur les propriétaires fonciers - ils contrôlent les trois quarts de l'Assemblée nationale -, aucune redistribution équitable des richesses n'a été accomplie : 40 millions de Pakistanais vivent en dessous du seuil de pauvreté, 58 millions n'ont pas accès à l'eau potable et 60 millions vivent dans une seule pièce d'habitation. Enfin, l'insécurité et le terrorisme auraient engendré, selon les calculs du gouvernement, des destructions et un manque à gagner évalué à 34 milliards de dollars (24 milliards d'euros).

Sortir le Pakistan de l'ornière passe par un renforcement de l'aide internationale. Mais sans révolution culturelle, celle-ci demeurera inefficace. Tous les experts poussent le pays à sortir de son hostilité envers l'Inde pour profiter du boom économique du puissant voisin. Moins de 1 % des échanges ont lieu avec l'Inde, malgré 3 000 kilomètres de frontière commune.

Au plan intérieur, cette révolution culturelle passe aussi par la reconstruction d'un enseignement public capable de réduire la multiplication des écoles coraniques. Ce sont les seules qui nourrissent gratuitement les enfants.

 

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2009/07/28/paris-apporte-son-soutien-economique-au-pakistan_1223505_3216.html

Pakistan

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