Dans le monde arabe, Obama est populaire mais il devra convaincre

Barack Obama et le présisent palestinien Mahmoud Abbas, le 23 juillet.

Olivier Roy, chercheur spécialiste de l'islam, analyse les prémices de la nouvelle politique étrangère des Etats-Unis avant le discours de Barack Obama, jeudi 4 juin, à l'adresse du monde arabo-musulman, au Caire.

Pourquoi les relations entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman se sont-elles à ce point dégradées, notamment depuis le 11-Septembre ?

Olivier Roy : Tout d'abord il faut faire attention quand on parle des "musulmans" en général. Il y a eu une gamme de réactions très variées au 11-Septembre : condamnation de l'attentat et du radicalisme, condamnation de l'attentat mais compréhension des motivations, ou encore "théorie du complot" accusant Washington d'avoir organisé ou couvert l'attentat.

Par contre, l'opinion publique musulmane a rejeté ou a été mise mal à l'aise par le thème la"guerre contre la terreur" qui a assimilé tous les mouvements politiques se réclamant de l'islam (Hamas, Hezbollah et régime iranien), voire l'islam lui-même, au terrorisme d'Al-Qaida. Même si Bush a évité de mettre la responsabilité de l'attentat sur le compte de l'islam, la politique américaine a été perçue comme privilégiant des cibles "musulmanes" (et pas forcément islamistes, d'ailleurs, puisque Saddam Hussein a été la première cible). Les discours sur le thème du "clash" de civilisations (qui ne venaient pas de l'administration américaine) n'ont pas arrangé les choses.

Barack Obama doit assumer la politique arabe de Bush comme héritage. Comment va-t-il renouer avec les sociétés musulmanes et leurs gouvernements ? 

Obama a choisi de marquer une rupture avec la politique de Bush, non pas tant sur la question"arabe" que sur la question "israélienne". Mais dans le contexte du Proche-Orient, cela revient au même. Obama a clairement mis fin au soutien inconditionnel de Washington à Tel-Aviv, et c'est un vrai changement, perçu comme tel par les soutiens d'Israël comme le lobby Aipac aux Etats-Unis. Paradoxalement, cela a été possible grâce à la constitution d'un gouvernement très à droite en Israël, qui a commis l'erreur de remettre en cause la théorie des "deux Etats" [palestinien et israélien] alors qu'elle était devenue presque consensuelle. C'est bien cette distanciation qu'attendent tant les gouvernements que les populations arabes. Reste à savoir, bien sûr, jusqu'où Obama peut aller dans la mise en œuvre de pressions contre Israël.

Les Américains sont-ils prêts à accepter un tel changement de position ? 

Au niveau de l'opinion publique américaine, Obama a une vraie marge de manœuvre. Il y a manifestement un changement dans l'opinion publique américaine envers Israël. Les nouvelles générations qui ont voté Obama, et en particulier les secondes générations hispaniques ou asiatiques ne mettent pas Israël au cœur de leurs préoccupations. L'islam ne joue pas le rôle de repoussoir et n'est pas associé à l'immigration comme c'est le cas en Europe.

Qu'attendent les Arabes du discours du président américain ?

Obama bénéfice d'une vraie popularité dans le monde arabe, même si elle s'accompagne d'un grand scepticisme. Le problème vient plutôt des gouvernements autoritaires arabes qui ne sont pas prêts à accepter des réformes intérieures. Obama risque donc d'apparaître paradoxalement comme soutenant les dictatures… au nom d'un dialogue avec le monde arabe. C'est toute l'ambiguïté de sa décision de parler au Caire, et donc de donner une plus grande légitimité à Moubarak.

Avec ce lourd déficit d'image dans le monde arabo-musulman, compte-t-il demander des mesures en faveur des droits de l'homme à ses interlocuteurs ?

C'est toute la question. Il va bien sûr évoquer la question, mais ce qui compte c'est d'affirmer une politique concrète de soutien aux droits de l'homme et à la démocratie. Or, on peut être sûr que les régimes autoritaires arabes vont freiner des quatre fers, et lier leur bonne volonté dans les négociations diplomatiques avec le refus de toute "ingérence" dans leurs affaires intérieures. Un autre problème est le choix des interlocuteurs. Où sont les démocrates ? Faut-il parler aux islamistes, et pas seulement en coulisses ? Le mouvement laïque et démocrate est partout en crise. Les islamistes parlent autant de charia que d'élections. Un test sera l'attitude d'Obama envers les Frères musulmans égyptiens : va-t-il les ignorer, leur parler, les rencontrer ?

Quel(s) risque(s) prend le président américain Barack Obama dans sa venue en Arabie saoudite et en Egypte ?

Le plus grand risque est d'apparaître comme velléitaire et rhétorique, c'est-à-dire de faire un discours trop beau pour être vrai et qui ne sera pas suivi de changements de fond. La magie du verbe peut se révéler contre-productive. A l'inverse un discours trop sec et trop technique décevra. C'est donc l'ajustement entre les mots et les actes qui est le vrai enjeu de cette tournée. Le style Obama doit faire place à une méthode concrète.

Etats Unies d'Amérique

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