Al Qaida, un an après se prépare une nouvelle offensive !

 

Loin d'être anéanti, le réseau d'Oussama Ben Laden s'est reconstitué dans le nord-est de l'Afghanistan et le nord du Pakistan. Il bénéficie du soutien des populations locales, tandis que les soldats américains sont de moins en moins bien perçus. Une enquête approfondie du Christian Science Monitor.



Loin d'être anéanti, le réseau d'Oussama Ben Laden s'est reconstitué dans le nord-est de l'Afghanistan et le nord du Pakistan. Il bénéficie du soutien des populations locales, tandis que les soldats américains sont de moins en moins bien perçus. Une enquête approfondie du Christian Science Monitor.

Les incidents armés avec des membres d'Al Qaida signalés le mois dernier en Afghanistan sont autant de signes de la résurgence de l'organisation terroriste. Mais c'est peu de chose par rapport à ce qui pourrait advenir prochainement. A en croire des interviews exclusives avec certains responsables des renseignements militaires afghans dans la province orientale de Kunar, Al Qaida aurait établi deux bases principales au Pakistan, à des centaines de kilomètres au nord de la zone que fouillent pour l'instant les troupes américaines et pakistanaises, et se disposerait à lancer une attaque massive contre le gouvernement afghan. Pour contrer la supériorité aérienne des Etats-Unis, les forces terroristes tenteraient de se procurer des missiles sol-air en Chine. "Les unités d'Al Qaida se sont regroupées, avec les talibans, les militants cachemiris et d'autres groupes islamiques radicaux, et attendent seulement l'ordre de déclencher les opérations", affirme le général Rahmatullah Rawand, chef des renseignements militaires du ministère de la Défense afghan pour la province de Kunar. "En ce moment même, ils cherchent des missiles antiaériens capables de toucher les B-52 américains. Quand ils les auront, ils les apporteront ici." 
Des porte-parole militaires américains confirment en partie les rapports des renseignements afghans et ajoutent qu'ils sont préparés à faire face à une éventuelle offensive d'Al Qaida dans les semaines ou les mois à venir. 
"J'ai eu vent des rapports que vous citez", déclare le lieutenant-colonel Roger King, porte-parole de l'opération Liberté immuable, sur la base aérienne de Bagram, à l'extérieur de Kaboul. "En partie, les rapports de renseignements et les lieux que vous mentionnez correspondent à ce que nous avons nous-mêmes entendu, mais d'autres éléments diffèrent." Il se refuse à donner davantage de précisions. Les Etats-Unis veillent pour l'instant à disposer de suffisamment de troupes là où Al Qaida pourrait particulièrement se manifester, ajoute-t-il. "Si on revient en arrière, on s'aperçoit que, dans ce pays, il y a deux saisons pour les combats,poursuit le colonel King. Nous sommes au début de la seconde, et la première a pris fin en mai." 
Dans la province de Kunar, affirment des sources proches des renseignements afghans, un rapport a été établi par des agents afghans qui, se faisant passer pour des Moujahidines, ont pu infiltrer les deux camps d'Al Qaida. Le document conclut que la Chine elle-même pourrait être impliquée, soit en laissant tacitement les extrémistes musulmans de la minorité ouïgoure du Xinjiang rejoindre les rangs d'Al Qaida en passant au Pakistan, soit en proposant ouvertement à l'organisation terroriste de lui fournir des missiles antiaériens.
 "Cette région, même si elle fait partie du Pakistan, est en réalité plus ou moins sous contrôle chinois, explique le général afghan Rawand. Il est possible que les Chinois soient impliqués et qu'ils donnent les missiles à Al Qaida." Les spécialistes reconnaissent qu'en acquérant la capacité d'abattre des B-52 Al Qaida imposerait un changement de tactique et saperait l'effort de guerre américain en Afghanistan. Plutôt que les troupes au sol, ce sont les B-52, ainsi que les munitions "intelligentes", qui ont détruit les défenses des talibans à l'extérieur de Kaboul, ainsi que leurs autres places fortes, et ont obligé les "étudiants en religion" et Al Qaida à évacuer l'Afghanistan. "Les Américains sont fiers de contrôler les airs, mais ils ne s'inquiètent pas de ce qui se passe au sol", commente le général Ghulam Haider Chatak, responsable des renseignements pour la zone est de l'Afghanistan, qui englobe les provinces de Kunar, de Laghman et de Nangarhar. "Aujourd'hui, ils risquent de perdre les deux." Ici, dans la province de Kunar, région verdoyante de vallées fertiles bien irriguées et de hautes montagnes boisées, les forces spéciales américaines effectuent des opérations combinées avec les forces afghanes locales, essentiellement le long des axes routiers vers Asadabad, ainsi que dans l'enceinte de la ville. Les commandants afghans, qui dépendent du ministère de la Défense à Kaboul, se plaignent de ce que les Américains ne travaillent qu'avec un seul seigneur de la guerre, le commandant Zarin, et non avec les unités militaires officielles du gouvernement du président Hamid Karzai.


"Malheureusement, au cours des six derniers mois, les forces de la coalition internationale n'ont pris aucune mesure décisive contre Al Qaida", explique le général Mohammad Zaman, commandant en chef de la province de Kunar, directement sous les ordres du ministère de la Défense afghan. "C'est pourquoi Al Qaida et les terroristes sont tous là. Ils ont simplement changé de costume et troqué les turbans contre les pukhols [coiffes de laine qu'arborent les combattants de l'Alliance du Nord]". Les extrémistes arabes et les partisans des talibans sillonnent les rues de la capitale de la province, apparemment sans craindre d'être capturés, prêchant leur version implacable de l'islam tout en appelant à un soulèvement contre les Américains et les autres troupes étrangères qui soutiennent le gouvernement Karzai. 
En attendant, selon des sources proches des renseignements, on aurait vu la plupart des chefs des talibans et d'Al Qaida - dont Oussama Ben Laden en personne - passer dans le nord du Pakistan, de l'autre côté de la frontière, en provenance de la région qui se trouve au sud du massif de Tora Bora. Oussama Ben Laden avait été aperçu pour la dernière fois vers la mi-juillet dans la ville tribale de Dir, au Pakistan [dans la Province-de-la frontière-du-Nord-Ouest], à quelque 70 kilomètres au nord-est d'Asadabad. Son bras droit, Ayman al-Zawahiri, dirigerait désormais les opérations depuis la toute nouvelle base d'Al Qaida dans le village de Chah Salim, à une cinquantaine de kilomètres de la ville pakistanaise de Chitral, près de la frontière de la province afghane de Kunar. L'autre base est située dans le village de Murkushi, au Pakistan [dans les Territoires du Nord], près de la frontière chinoise, à environ 140 kilomètres au nord de la ville de Gilgit.
Pour mener sa nouvelle campagne contre les forces américaines, Al Qaida aurait élargi sa base de soutien pour y inclure de nouveaux membres d'obédience comparable, dont le seigneur de la guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar et son parti islamiste radical Hezb-i-Islami, dominé par les Pachtounes. Pendant la guerre contre l'occupant soviétique, dans les années 80, cette formation, encadrée par la CIA et par l'armée pakistanaise, avait bénéficié d'un financement substantiel de la part des Saoudiens, et elle reste populaire dans la province de Kunar et dans d'autres provinces à majorité pachtoune. Sur le plan idéologique, elle est aussi la plus proche des talibans. L'automne dernier, depuis son exil iranien, Hekmatyar avait appelé tous les musulmans à se battre aux côtés des talibans pour repousser toute invasion des forces américaines. 
Pour entreprendre sa nouvelle mission, Al Qaida s'est rebaptisée Fateh Islam (Conquête islamique). Toujours d'après les renseignements afghans, le plan de bataille des terroristes consisterait à lancer une attaque massive sur l'est de l'Afghanistan en franchissant la frontière montagneuse mal défendue de la province de Kunar. C'est de là que les contrebandiers d'opium et de bois font sortir leurs marchandises d'Afghanistan soit sans être vus, soit avec la complicité de responsables afghans corrompus. 
Dans les rues mêmes d'Asadabad, il est clair qu'Al Qaida a déjà établi un réseau d'informateurs et de prédicateurs. Dans les mosquées et les écoles coraniques, les membres de l'organisation ont commencé à attiser la colère des habitants contre la présence américaine en Afghanistan et contre les fouilles maison par maison dans la province. Un Arabe, vêtu d'un 
salwar kameez [costume traditionnel régional] mais portant la coiffe blanche traditionnelle des prédicateurs saoudiens, a été vu debout au centre de la grande place de la ville avant d'être emmené par deux jeunes étudiants en religion vers une mosquée locale. Un autre homme, qui enseigne dans une école primaire à Asadabad, nous a déclaré qu'il y avait beaucoup de partisans d'Al Qaida dans la province. 
"Je suis fier d'en faire partie", affirme Abdur Rahim d'une voix douce. Il a étudié l'islam pendant seize ans dans une école coranique particulièrement rigoureuse au Pakistan, à Peshawar. 
"Je suis sûr à 100 % qu'ils vont revenir ici. Très bientôt. Et les talibans valaient cent fois mieux que ces seigneurs de la guerre qui nous volent dans les rues." "Le djihad est obligatoire contre les kaffirs (les mécréants), mais nous ne pouvons pas nous battre contre leurs avions", ajoute-t-il. Parlant des forces spéciales américaines basées à Asadabad, il lâche : "Ce sont des infidèles, ils ont détruit notre religion. Ils sont tous juifs ou chrétiens, et nous, nous voulons des forces musulmanes, nous ne voulons pas d'infidèles." Alors que la foule se rassemble et appelle le membre d'Al Qaida à être plus discret, Abdur Rahim se montre encore plus direct. "Ici, tout le monde pense comme moi, mais certains ont du courage et d'autres peu de foi.


Eux, ils se taisent parce qu'ils ont peu de foi." 
D'autres Afghans font preuve de davantage de pragmatisme. Mohammad Malang, qui vend du bois sur l'énorme marché spécialisé d'Asadabad, rapporte que des centaines d'Arabes sont passés ici en provenance de la province de Kunar à la fin de l'an dernier, après le début de la campagne de bombardement contre leurs retranchements dans les montagnes de Tora Bora, au sud de Jalalabad. Aujourd'hui, quand il transporte du bois à la frontière pakistanaise avec son camion, il voit beaucoup de combattants d'Al Qaida passer aux postes de contrôle afghans. 
"Les Américains nous donnent de l'argent et nous, on leur donne Al Qaida, dit-il dans un sourire. Al Qaida nous donne de l'argent et nous, on les cache. Pas en ce moment, parce qu'il y a des soldats américains ici, mais là-haut, à la frontière, ils sont là-haut dans la forêt. Ils vont et viennent, et personne ne les arrête." 
Même les gardes-frontière reconnaissent que les hommes d'Al Qaida pourraient pénétrer sans difficulté dans la province de Kunar.
 "La frontière est longue, et nous n'avons pas assez de forces pour en assurer la surveillance", admet Wazir Mohammad Sadiq, adjoint au responsable des postes de contrôle pour la force de sécurité frontalière de Kunar. "Ici, il nous faut les Américains. Mais ils ne viennent qu'une fois par mois, et ils ne restent jamais longtemps. Ils prennent une tasse de thé, discutent un peu, et s'en vont." 
Haji Said Amin Khan commande un poste à la frontière. Il raconte que ses hommes arrêtaient tous les véhicules qui venaient du Pakistan, jusqu'à ce que le commandant Jandad, ancien gouverneur de la province, lui ordonne de mettre fin à cette pratique. 
"On nous a dit de ne pas arrêter certaines personnes, des hommes en armes, par exemple. Et, même maintenant, les gens peuvent aller et venir sans difficulté, précise-t-il. Mais le problème, c'est qu'il nous faudrait des milliers d'hommes pour patrouiller sur la frontière. Quatre routes principales passent par la province, et, là, nous avons des points de contrôle. Mais il y aussi beaucoup de petites routes. Les combattants d'Al Qaida ne sont pas assez idiots pour passer par les grandes routes. Ils prennent les autres." 
Pour sa part, le commandant Zaman annonce que ses hommes se préparent à une longue guerre contre les terroristes, même s'ils doivent continuer à se battre sans solde et sans coordination avec les forces américaines. 
"On ne peut pas vaincre une idéologie à coups de fusil. Donc, le mieux qu'on puisse faire, c'est créer une nouvelle idéologie et donner aux gens le sentiment que nous améliorons la situation, dit-il.   t;Si ça marche, c'est formidable. Mais sinon, nos ennemis et leurs armes sont déjà parmi nous." 
Le véhicule était plein d'hommes en armes qui auraient pu être des amis, des ennemis ou simplement des Afghans en ballade. Ce qui est sûr, c'est que lorsque le véhicule est tombé sur un poste de contrôle tenu par des soldats des forces spéciales américaines, un combat a éclaté. De source américaine, l'un des Afghans aurait pointé sa kalachnikov sur un soldat américain et aurait pressé la détente. L'arme se serait enrayée, mais les militaires américains auraient ouvert le feu, tuant quatre Afghans. Aucun Américain n'a été blessé. Or il s'agissait d'amis, et non d'ennemis. C'étaient des combattants travaillant pour le commandant local, les fils d'un notable tribal, et jamais les soldats américains n'auraient dû leur ordonner de déposer les armes, affirment les militaires afghans. 
Même avant l'incident, l'atmosphère était tendue à Asadabad. Ainsi, lors d'un échange de tirs, des soldats ont abattu deux hommes qui leur avaient tiré dessus depuis une hauteur. Au début du mois d'août, les forces spéciales américaines ont fouillé la capitale poussiéreuse de la province de Kunar maison par maison, à la recherche d'armes lourdes et de partisans d'Al Qaida. Selon les responsables afghans, ces procédures violent les traditions des Pachtounes, qui interdisent aux étrangers de pénétrer dans leurs foyers et de voir leurs femmes. Marchands, politiciens et militaires afghans préviennent que, dans la région, le sentiment antiaméricain se durcit.
 "Jusqu'à présent, les relations avec les forces américaines étaient simplement neutres, ni positives ni négatives, mais ça évolue vers le négatif, explique le gouverneur Haji Ali Rahman. Nous espérons que les forces américaines feront preuve d'intelligence et changeront de tactique. Mais, s'ils continuent à fouiller les maisons, même mes propres commandants ne travailleront plus pour moi." Il sourit dans sa longue barbe.



"Les villageois commenceront par se révolter contre nous, parce que c'est nous qui avons amené les Américains ici." 
La colère provoquée par les fouilles a pris une telle ampleur que le gouverneur Rahman a convoqué une réunion d'urgence des anciens des tribus à Asadabad, où des dizaines de chefs pachtounes ont laissé libre cours à leur fureur vis-à-vis des Américains. Certains ont exigé des forces afghanes qu'elles cessent de coopérer avec les militaires occidentaux. Une idée rapidement oubliée, le chef militaire de la province, le général Mohammad Zaman, ayant rappelé que ses hommes, dont les quatre combattants tués quelques jours plus tôt, n'avaient même pas été invités à participer aux opérations américaines contre Al Qaida. 
"Actuellement, ils travaillent avec un seul seigneur de la guerre et ils n'obtiennent aucun résultat, si ce n'est qu'ils exaspèrent la population, regrette le général Zaman. Ils n'ont pas besoin de nous payer. Nous nous battrons avec nos propres armes, nos propres rations. Mais ils devraient au moins nous écouter." Le commandant Zarin, avec lequel opèrent les troupes américaines, est le premier seigneur de la guerre local qui ait aidé les unités de Washington dans la province de Kunar lors des actions qui ont entraîné la chute des talibans en novembre 2001. De source militaire occidentale, à Bagram, on rappelle qu'il appartient aux commandants américains de décider avec qui ils travaillent, et, dans bien des cas, les forces spéciales des Etats-Unis continuent à fonctionner avec un seigneur de la guerre qu'elles connaissent plutôt qu'avec les responsables mis en place par le gouvernement de Kaboul. "Ici, on entend ça tout le temps de la part des chefs militaires locaux :'Pourquoi vous ne travaillez pas avec nous ?'" reconnaît le lieutenant-colonel King, porte-parole de l'armée américaine à Bagram. "Dans certains cas, nos unités travaillaient déjà avec les commandants ou seigneurs de la guerre locaux bien avant que le ministère de la Défense ne soit formé à Kaboul. Nous sommes dans une phase de transition, et il est possible que cette coordination finisse par se faire par des canaux plus officiels."

http://www.courrierinternational.com/article.asp?prec=0,4464&page=1&obj_id=7572

Al Qaida du Djihad

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