Les nouveaux talibans afghans mènent une vraie guerre de guérilla

Antonio Giustozzi, chercheur à la London School of Economics and Political Science, est l'un des spécialistes internationalement reconnus de la question talibane. Auteur, entre autres, de Koran, Kalachnikov and Laptop : the Neo-Taliban Insurgency in Afghanistan (Colombia University Press, 2008), cet universitaire, qui partage sa vie entre Londres et l'Afghanistan, a reçu Le Monde à Kaboul et brosse le portrait de la nouvelle génération de rebelles islamistes.
ntonio Giustozzi, chercheur à la London School of Economics and Political Science, est l'un des spécialistes internationalement reconnus de la question talibane. Auteur, entre autres, de Koran, Kalachnikov and Laptop : the Neo-Taliban Insurgency in Afghanistan (Colombia University Press, 2008), cet universitaire, qui partage sa vie entre Londres et l'Afghanistan, a reçu Le Monde à Kaboul et brosse le portrait de la nouvelle génération de rebelles islamistes. En quoi ces "nouveaux talibans" sont-ils différents ? La première différence, c'est que ces "nouveaux talibans" mènent une vraie guerre de guérilla. Ce n'était pas le cas avec leurs aînés. Avant de conquérir Kaboul, à l'automne 1996, la première génération était une simple milice, mal organisée. Puis, après la prise de pouvoir, elle a tenté de mettre sur pied une armée. Il n'y a donc jamais eu de véritable expérience de la guérilla à l'époque. La situation est devenue différente après la chute du régime taliban fin 2001. La nouvelle opposition armée a commencé avec de faibles moyens. Mais elle n'a cessé de s'améliorer au niveau de l'expertise tactique comme au niveau de la pensée stratégique. La dimension diplomatique semble plus prise en compte... Les talibans des années 1990 avaient négligé la diplomatie. Ils n'étaient pas très bons pour comprendre l'environnement international. Ils l'ont d'ailleurs payé cher en perdant le pouvoir. La nouvelle génération est plus sophistiquée. Elle prend pleinement en compte la dimension régionale de son combat. Les nouveaux talibans ont su ouvrir des canaux de communication avec les Nations unies, les Iraniens, les Russes. C'est une grande différence. Les relations avec Al-Qaida et ces djihadistes étrangers venus combattre, qu'on appelle "les Arabes", ont-elles changé ? En 1998, les talibans étaient à deux doigts d'expulser les "Arabes" d'Afghanistan. Mais autour de 2000-2001, leurs relations se resserrent. Que s'est-il passé ? Cette radicalisation peut s'expliquer par l'échec de leur tentative pour s'ouvrir au monde. Les talibans avaient fait des gestes. Ils avaient, par exemple, interdit la culture de l'opium. Ils pensaient que la stabilité retrouvée de l'Afghanistan sous leur égide, ajoutée à la prohibition de l'opium, les rendraient acceptables aux yeux des Américains. Ils se sont trompés. Ils ont négligé un point fondamental : les droits des femmes. Ils n'imaginaient pas que l'Occident en ferait une affaire importante, justifiant des sanctions. Cet échec a discrédité les modérés, conforté les radicaux. Ben Laden a bien profité de cette tentative avortée d'ouverture. Et maintenant ? Les nouveaux talibans maintiennent des relations ambiguës avec Al-Qaida. Bien sûr, ils peuvent coopérer, accepter son argent, son aide. Parallèlement, ils ne souhaitent pas être pleinement intégrés à Al-Qaida ou alignés sur son idéologie. Cette nouvelle génération est concernée par la technologie ? Il y a un plus grand pragmatisme par rapport à la technologie. La première génération était très conservatrice. Elle bannissait les photos, la télévision. Ce n'est plus le cas. Les nouveaux talibans n'hésitent plus à recourir à la vidéo, à Internet, à des fins de propagande. Jusqu'où va ce pragmatisme ? Ils ne veulent pas braquer les populations sous leur contrôle. Par exemple, l'interdiction de la musique a été suspendue dans certains endroits. Car les commandants talibans sur le terrain savent que la population n'apprécie pas ce type de prohibition. On observe la même attitude dans certains districts par rapport à l'éducation. Des établissements d'Etat sont autorisés à fonctionner, sous supervision des talibans bien sûr. En ce qui concerne la structure, la tendance est de formaliser davantage, de dépersonnaliser le mouvement naguère fortement identifié au mollah Omar. C'est une conséquence de la clandestinité. La chaîne de commandement étant plus compliquée, il faut consolider les institutions. C'est aussi la manifestation d'une crise de croissance. Il faut créer de nouvelles structures pour accommoder les nouveaux venus. C'est une amorce d'institutionnalisation. http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2009/05/06/les-nouveaux-talibans-afghans-menent-une-vraie-guerre-de-guerilla_1189554_3216.html#ens_id=1147352

Afghanistan

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